Odette Poiret, « Écrire pour que l’histoire de Champagne-sur-Oise ne se perde pas »
À Champagne-sur-Oise, certains noms sont indissociables de l’histoire locale. Celui d’Odette Poiret, née Cochegrue, en fait partie !
Aujourd’hui, à 83 ans, Odette publie La terre de nos racines, un ouvrage consacré à l’histoire de Champagne. Un livre qui n’est pas seulement un travail d’historienne amateure, mais l’aboutissement d’une vie entière passée à observer, collecter, conserver et transmettre.
Dense, foisonnant, nourri d’archives, de cartes, d’anecdotes et de souvenirs, cet ouvrage est écrit par nécessité, mais surtout par devoir.
Rencontre avec une femme qui se définit avant tout comme une passeuse de mémoire !
« Je suis née ici, et toute ma famille aussi »
En 1943, nait Odette Cochegrue, dans un Champagne bien différent de celui d’aujourd’hui. C’était un village d’environ 1 400 habitants, où à cette époque, il n’y avait que deux maisons et une petite ferme en bois (Alphonsine et Ernest Duval), rue de Chambly.
Son attachement au territoire est total. Les familles Cochegrue et Duval, ses ancêtres, ont vécu ici de génération en génération. « Mes parents, mes grands-parents, leurs parents avant eux… tous ont vécu ici, travaillé ici, et aujourd’hui ils y sont enterrés. »
Son père et sa mère étaient artisans du bois et travaillaient pour les Beaux-Arts. Ses grands-parents étaient vignerons, maçons, journaliers. Une société rurale, faite de travail manuel, de solidarité et de transmission orale, qui marquera profondément son regard sur l’histoire.
Une vie de travail et de courage
Son mari, Jacques Poiret, est lui aussi un enfant du pays. Né en 1932 au café « Le Rendez-vous des chasseurs », à Vaux, il grandit dans un contexte difficile. Très jeunes, Jacques et son frère doivent faire face à la maladie grave de leurs parents. Sans aides, sans sécurité sociale, ils deviennent chefs de famille à 11 et 13 ans.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils exploitent le bois de chauffe, très demandé à l’époque, notamment par les boulangers et l’usine à gaz de L’Isle-Adam. La nuit, avec un tombereau et un animal prêté par les fermiers voisins, ils assurent les livraisons. Les voisins assurent à tour de rôle leur présence auprès des parents.
Pour pouvoir organiser leurs journées, dès qu’ils en ont la possibilité, ils se lancent dans l’agriculture. Ils reprennent des parcelles abandonnées, vivent dans une ancienne maison délabrée — celle du meunier, rue de Jouy — achetée grâce à la vente de la gérance du café familial.
En 1961, Odette épouse Jacques Poiret. Alors elle change son métier de menuisier-charpentier, métreur en bâtiment, et devient exploitante agricole. Eux deux (accompagné de Charles Poiret), créent une ferme avec les moyens du bord, tout en élevant trois adorables garçons.
Jacques, profondément marqué par la misère, la souffrance et les contraintes d’une maladie qui durera plus de vingt ans, deviendra une haute personnalité engagée dans la défense de la couverture sociale (président de la MSAIF). C’est avec un grand courage qu’il exercera sa profession dans ses bureaux à Paris et à Versailles, tout en assurant une présence sans faille auprès de sa famille et de ses diverses présidences.
« N’est-ce pas un signe, tout ce qu’on me donnait ? »
La genèse du livre est intimement liée à cette vie familiale rurale et dévouée à l’extérieur. Au fil des années, Odette récupère archives, outils, documents anciens, transmis lors des décès familiaux. « Je me suis souvent demandé pourquoi tout venait à moi ? »
Peu à peu, elle conserve, classe, archive. Elle crée même un petit musée personnel qu’elle fait profiter aujourd’hui aux écoles et aux particuliers. Dossiers après dossiers, elle rassemble anecdotes familiales, documents historiques, cartes anciennes, photographies etc.
Elle complète cet immense travail de recherche dans les archives familiales, nationales, départementales et diocésaines, ainsi que dans de nombreux ouvrages spécialisés. « Tout cela a fini par prendre forme. Les notes ont trouvé leur place, leurs sources, leurs explications. »
Écrire pour ne pas oublier !
Odette le dit sans détour : elle n’a pas écrit pour vendre. « Je ne fais pas de commerce. J’ai écrit pour que l’histoire ne se perde pas. »
Pour elle, il s’agit d’un devoir de transmission et de conservation. « Peut-être que ce n’est pas écrit comme un professionnel, mais c’est écrit avec le cœur. »
L’écriture s’impose peu à peu à elle, presque malgré elle. « Ça devient une drogue. Je me réveillais la nuit, je faisais des connexions entre les sujets. Tout s’imbriquait. »
Ses enfants l’encouragent. « Ils m’ont dit : “Maman, tu fais la lune !”. Alors oui, je l’ai fait, car elle s’impose par endroit. »
Une écriture arrachée au temps et à la fatigue
Le travail d’écriture s’étale sur des années, voire une vie entière. « Je ne peux pas vous dire combien de temps… petit à petit… toute une vie à rassembler les éléments. »
En 2005, elle commence véritablement à structurer l’histoire de Champagne et Vaux, depuis les glaciations jusqu’à aujourd’hui. Ses problèmes de santé jouent un rôle déclencheur : « Ils m’ont poussée à écrire et à commencer ces ouvrages. »
Elle écrit souvent la nuit, quand son mari dort ou travaille. « J’écrivais de longues heures. » Pour l’aider et vérifier, elle utilise des outils de dictée vocale. « C’est bien pratique, l’ordinateur qui parle ! (Rires) »
Mais le plus difficile reste l’acte d’écrire lui-même. Car Odette quitte l’école à 15 ans pour suivre des cours du soir à Paris tout en assurant son travail la journée. « Je ne suis pas née pour écrire. Je me suis fait violence. »
Un livre dense, volontairement foisonnant
Elle assume pleinement la densité de son ouvrage. « Il y a beaucoup d’éléments à rassembler. Les lecteurs ne vont peut-être pas tout comprendre. Ils se demanderont pourquoi autant de détails. C’est en fait, pour assurer mes dires. »
Mais pour elle, c’est justement cette accumulation qui fait la richesse du livre : illustrations, cartes, photographies, anecdotes, histoires imbriquées. « Tout se tient. Il ne fallait rien louper. »
Face aux critiques potentielles, elle reste droite : « Je préfère mon pays aux critiques. »
Champagne-sur-Oise, un territoire exceptionnel
Quand on lui demande ce qui rend Champagne-sur-Oise unique, Odette sourit. « Pour le savoir, il faut lire le livre ! »
Elle évoque son terroir agricole — « la bouche en premier », plaisante-t-elle — mais aussi sa géographie exceptionnelle : la rivière Oise, le plateau, la forêt, le point culminant, l’église et le passé historique.
Aucun quartier n’a sa préférence. « Tous ont leur histoire. L’Hôtel-Dieu, la place de l’église, pourquoi elle est située ici à 1km du village ? Et ses fermes autour qui appartenaient à une partie de la famille… Le village s’est construit petit à petit. »
Redécouvrir sa ville autrement
Odette est convaincue que son livre permettra aux habitants de voir leur commune autrement. « Les rues, les quartiers, sous un autre aspect, c’est sûr ! »
L’actualité donne d’ailleurs une résonance particulière à son travail, notamment avec les projets de rénovation de l’église. « Cela permettra d’alimenter l’histoire de l’église jusqu’à aujourd’hui. »
Découvertes et coups de cœur
Parmi ses découvertes les plus marquantes figurent notre chevalier Galon Montigny, qui en sauvant la vie du Roi, sauva, la France. Aussi, un menhir enfoui, la « pierre levée » disparue et retrouvée grâce au remembrement.
Sa période favorite reste celle des chemins, qui fera l’objet du deuxième tome. « Le deuxième est en écriture. Il est plus vivant. On découvre Champagne à travers ses chemins et ses lieux-dits. »
Côté anecdotes, elle aime raconter l’histoire de l’ancien emblème de la France : le sanglier, remplacé plus tard par le coq romain. « Heureusement que c’était un coq, c’est difficile de transporter un sanglier dans les manifestations ! (Rires) » Une histoire qui amuse et évoque, pour les plus jeunes, Astérix et Obélix.
Une œuvre soutenue et tournée vers l’avenir
Odette Poiret tient à remercier Madame Lemoine, ancienne maire de Champagne-sur-Oise, qui a relu, conseillé et encouragé la publication de ce premier livre. « Grâce à elle, je suis heureuse de voir édité mon premier ouvrage. »
Et la suite ? Elle existe déjà. La vie de Champagne au travers des chemins et des lieux-dits paraîtra prochainement. D’autres projets, qui restent à relire et publier, attendent encore : la construction de l’église, de l’Hôtel-Dieu, de l’Oise etc.
À 83 ans, Odette conclut avec énergie :
« Haut les cœurs ! J’ai la volonté, le courage, et j’essaierai de garder la pêche. J’ai des enfants et des petits-enfants qui me soutiennent. Je sais que rien ne sera perdu. »
En rencontrant Odette, on se rend vite compte qu’elle est véritablement une encyclopédie humaine car chacune de ses rencontres raconte une histoire extraordinaire !
Une chose est sûre : avec Odette Poiret, la mémoire de Champagne-sur-Oise, enfin redécouverte, est entre de bonnes mains.
Pour l'achat du livre (30€), contacter Odette POIRET :
Mail : odette.poiret@wanadoo.fr
Tel : 06 07 56 69 80